Ca aura pas duré longtemps...
Source: http://m.leparisien.fr/saint-ouen-93400 ... 1481423552
Saint-Ouen, vendredi 6 octobre. La police a mené une opération antidrogue dans les locaux de Mains d’œuvres qui héberge la Supérette.
Quelques grammes de cannabis présentés par deux artistes dans des boîtes en plastique ont déclenché une perquisition dans les locaux de Mains d’Œuvres.
Chien antidrogue en laisse, une vingtaine de policiers du commissariat et de la police municipale ont investi vendredi après-midi les locaux de Mains d’Œuvres à Saint-Ouen. Le flair de la mascotte n’a pas permis de découvrir de stupéfiants mais la directrice de l’association culturelle a été entendue deux heures comme témoin.
En ligne de mire de cette visite impromptue : la Supérette, galerie d’art alternative imaginée par Sébastien Renauld et Laurent Boijeot et hébergée chez Mains d’Œuvres. Ils proposaient de vendre divers petits objets du quotidien enfermés dans des boîtes en plastique. Parmi ces articles figuraient des boulettes de cannabis. Une substance formellement interdite à la vente tout comme sa détention. « C’est une démarche artistique qui vise à ouvrir le débat sur la vente de drogue à Saint-Ouen. Il n’était pas question d’en vendre », rectifie Juliette Bompoint.
La directrice de Mains d’Œuvres n’est pourtant pas surprise par la descente de police : « Je m’attendais à leur venue. Dans la semaine, ils étaient passés nous voir au sujet des affiches, indique-t-elle. Les affichettes de la Supérette placardées dans toute la ville avaient titillé la police. On y voyait une savonnette de cannabis avec ce message : “la supérette ne vend pas de bédo (NDLR : un joint) ».
C’est sur initiative de la ville de Saint-Ouen que les forces de l’ordre sont intervenues chez Mains d’œuvres. L’association est en conflit ouvert avec la municipalité, propriétaire des locaux. Cette dernière ne souhaite pas lui renouveler son bail qui expire à la fin de l’année. A la place, elle souhaiterait y installer le conservatoire. Depuis le dialogue est rompu entre l’association et l’hôtel de ville. Ce dimanche, William Delannoy, maire (UDI), n’a pas donné suite à nos sollicitations. Précédemment, il avait expliqué « qu’il ne voulait pas rencontrer les gens de mauvaise foi ». Et vendredi dernier, c’est l’une de ses collaboratrices qui accompagnait les forces de l’ordre.
La réconciliation semble plus que jamais compromise de part et d’autre. « Il y a une manière de faire. C’est excessif. On ne vient pas avec des policiers et un chien », s’insurge la directrice.
La police poursuit son enquête, elle devrait entendre les artistes dans les jours qui viennent. La Supérette sera inaugurée le 14 octobre. Mais certainement sans les petites boîtes de cannabis. Sébastien Renauld, l’un des auteurs, absent lors de la perquisition, regrette que l’on réduise sa démarche à ces coffrets polémiques. « Notre objectif est beaucoup plus large. Dans ce département, les habitants ont des savoirs faire qui ne sont pas reconnus. En les transformant en objets d’art, nous valorisons leurs compétences ».