Le Républicain Lorrain
PRÉVENTION/ produits stupéfiants
L'adjudant Léonard agit contre la drogue par la parole
Basé à la gendarmerie de Saint-Avold, il se déplace dans toute la Moselle-Est, intervenant quelquefois à Boulay, Sarrebourg ou Château-Salins. Formateur relais anti-drogue, l'adjudant Léonard lutte contre la toxicomanie par la parole.
"Monsieur, j'ai un problème, je suis dépendant au "speed"> a dit un jour, à la fin d'une conférence, un lycéen de 16 ans à l'adjudant Alain Léonard. Le formateur relais anti-drogue de la Compagnie de Forbach - ils sont 5 en Moselle, 500 en France -, s'est d'un coup véritablement senti utile. "Au-delà de la prévention, mon discours lui a fait prendre conscience de son état. Restait à le mettre en rapport avec l'infirmière scolaire, à ce qu'il discute avec ses parents>, assure celui qui rencontre 1 000 personnes de plus chaque année dans les collèges, lycées et entreprises.
Après un stage spécifique au Centre national de formation de la police judiciaire à Fontainebleau, il cumule, depuis 1999 à Saint-Avold, cette fonction à celles, entre autres, de commandant de la brigade de proximité et d'officier de police judiciaire. Empiétant sur son temps libre et ses soirées, l'homme tente de répondre à toutes les sollicitations. A celles des chefs d'établissements scolaires de Bouzonville à Bitche pour commencer. "D'abord réticents à faire venir un gendarme chez eux, ils ont très vite compris l'intérêt suscité auprès de leur public>.
D'autant plus convaincus que le militaire sait adapter son dialogue. "A l'école primaire d'Alsting, face à des élèves de CM2, je parle d'alcool, de tabac, également des drogues pour moi. Un film montre Pascal allant chez l'épicier pour acheter une boîte pour son chien. Le commerçant va lui proposer "quelque chose de mieux, mais n'en parle pas!". Canaris, chats, tortues des copains du petit garçon vont au début rigoler avant de devenir agressifs. Le prix du produit va aussi augmenter, obligeant les enfants à vendre leur chaîne en or, la perceuse de papa, à voler dans les magasins... Le chien finira par mourir après avoir mangé toute la boîte...>
Jouer la provocation
A partir de la classe de 6e, le discours s'élargit au cannabis. En seconde, à l'ecstasy, l'héroïne, la cocaïne... "Cette semaine, au lycée Condorcet de Schoeneck, j'ai abordé le thème de la conduite sous l'emprise de stupéfiants. Quand l'attention des jeunes se relâche, je n'hésite pas à jouer la provocation, leur parlant morgue, prélèvements, annonce du décès aux familles...>. L'adjudant Léonard fait également profiter de son expérience les médecins, pharmaciens, infirmières, grandes sociétés. Aux adultes, le spécialiste montre à quoi ressemble, sent "une barrette de shit, un buvard de LSD, de l'opium>. Il leur décrit les effets de ces drogues. En analysant les raisons qui poussent les jeunes à essayer - "l'envie et la fuite> -, en abordant le chapitre santé - "les dents qui tombent, le vieillissement prématuré" -, Alain Léonard tente de les sensibiliser au danger. Alors, quand un lycéen vient lui demander comment l'on devient maître-chien stup', il se dit qu'il a un peu gagné.
Paru le : 2004-10-24 00:00:00 (Forbach / Actualité)